Dessin d'époque du lancement d'une montgolfière

Qui a inventé la montgolfière ? L’histoire d’un envol, de 1782 à nos jours

S’élever au-dessus des paysages, porté par un simple globe d’air chaud : ce que vous vivez aujourd’hui dans une nacelle a commencé il y a plus de deux siècles, dans une petite ville du Vivarais. Tout tient à deux papetiers sans formation scientifique, à une chemise qui se gonfle devant un feu, et à une année, 1783, qui fait passer l’humanité du sol au ciel en quelques mois. Voici comment cette découverte a vu le jour, et pourquoi elle continue de faire lever la tête.

L’essentiel

  • L’aérostat à air chaud a été inventé par Joseph et Étienne Montgolfier, papetiers à Annonay, entre novembre 1782 et juin 1783.
  • La démonstration inaugurale a lieu le 4 juin 1783, place des Cordeliers à Annonay, devant les États particuliers du Vivarais.
  • Le 19 septembre 1783, à Versailles, un mouton, un coq et un canard sont les premiers passagers, sous les yeux de Louis XVI.
  • Le 21 novembre 1783, Jean-François Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes réalisent la première ascension habitée, au-dessus de la capitale.
  • Le mot « montgolfière » s’impose en 1784, en hommage aux deux inventeurs. Le principe physique, l’air chaud plus léger que l’air froid, est toujours celui des aérostats d’aujourd’hui.

Qui a inventé la montgolfière ?

La réponse est claire et documentée : Joseph-Michel Montgolfier (1740-1810) et son cadet Jacques-Étienne (1745-1799). Tous deux sont nés à Annonay, où leur père Pierre dirige une manufacture de papier réputée dans toute l’Europe. Rien ne les destinait à l’aérostation : ce sont des industriels du papier, pas des physiciens. C’est précisément leur métier, la connaissance des fibres, des toiles et de leur résistance à la chaleur, qui leur permet de fabriquer les premières voiles.

Joseph est le rêveur, fasciné par les machines et les expériences. Étienne, formé à l’architecture, apporte la rigueur nécessaire pour transformer une intuition en démonstration crédible. L’un imagine, l’autre structure. Pour connaître leur parcours, leur famille et ce qu’ils sont devenus après 1783, lisez notre portrait des frères Montgolfier.

La France de 1783 : le contexte d’une invention

Cette découverte n’aurait pas pu naître à n’importe quelle époque. Le royaume de la fin du XVIIIe siècle est celui des Lumières finissantes, à six ans de la Révolution. La science y est devenue une passion mondaine : on assiste aux expériences de physique comme on va au théâtre, les salons discutent de Buffon et de Lavoisier, l’Académie des sciences arbitre ce qui mérite d’être cru.

La chimie vient de bouleverser la compréhension de l’air. Henry Cavendish a isolé l’hydrogène en 1766, Joseph Priestley l’oxygène en 1774, et Lavoisier est en train de démontrer que l’air n’est pas un élément mais un mélange. Pour la première fois, on sait que certaines substances gazeuses pèsent moins que d’autres. L’idée qu’une sphère remplie d’un fluide plus léger puisse s’élever devient pensable, et plusieurs esprits y travaillent en même temps, à Annonay comme dans la capitale.

Le pays, lui, cherche des motifs de fierté. Louis XVI, curieux de mécanique, suit les progrès de près. Une grande manufacture comme celle de Jean-Baptiste Réveillon, au faubourg Saint-Antoine, met ses ateliers à disposition. Benjamin Franklin, alors ambassadeur des États-Unis, assiste aux ascensions de l’automne 1783 ; à un spectateur qui demande à quoi sert cette trouvaille, il répond, dit-on, « à quoi sert un nouveau-né ? ». Elle naît dans une nation qui a les moyens intellectuels de la comprendre et l’appétit de la célébrer.

C’est aussi une époque d’industriels provinciaux. Les Montgolfier ne sont pas des savants de cour mais des manufacturiers du Vivarais, à une semaine de route de Versailles. Que la découverte vienne d’eux dit quelque chose du moment : le savoir-faire des ateliers commence à compter autant que celui des académies.

Comment l’idée est-elle née ?

L’anecdote fondatrice tient à un détail domestique. En novembre 1782, à Avignon, Joseph observe une chemise qui sèche devant l’âtre : le tissu se gonfle et se soulève sous l’effet de la chaleur. D’autres versions évoquent du papier aspiré dans une cheminée ou la fumée qui monte. Toutes disent la même chose : la trouvaille est empirique, née de l’observation plutôt que d’une théorie.

Le principe qu’il en tire structure encore les aérostats actuels. L’air chaud est plus léger que l’air froid, et cette différence de densité suffit à soulever une toile fermée. Nous détaillons ce mécanisme dans notre page comment fonctionne une montgolfière.

Avant d’arriver à l’air chaud, les deux frères ont exploré une autre piste. Ils tentent en 1782 d’enfermer de l’hydrogène dans des sacs de papier. Le papier est trop poreux, le contenu s’échappe. C’est cet échec qui les oriente vers l’air chauffé.

Les premières expériences : de novembre 1782 à avril 1783

Les essais s’enchaînent à un rythme soutenu, chaque tentative augmentant la taille de la toile.

  • Novembre 1782, Avignon : un cube de taffetas de soie d’environ un mètre cube, chauffé au-dessus d’un feu, monte jusqu’au plafond. Le principe est validé.
  • Décembre 1782, Annonay : une sphère d’un mètre cube, gonflée avec un feu de laine et de paille mouillée, s’élève à une trentaine de mètres. Le 14 décembre, un modèle de trois mètres cubes s’envole depuis la manufacture de Vidalon.
  • 25 avril 1783 : un globe d’une douzaine de mètres de diamètre, en toile de coton doublée de papier, atteint 400 m lors d’un essai libre.

Joseph et Étienne croient alors que c’est la fumée qui fait monter l’appareil. Ils testent tous les combustibles imaginables, du foin au fumier de mouton en passant par de vieilles chaussures et de la viande avariée, avant de comprendre que seule la chaleur compte.

Les trois dates qui ont fait l’invention

Profitant de la réunion des États particuliers du Vivarais, les deux papetiers présentent leur engin place des Cordeliers, devant témoins officiels. La sphère, d’environ 800 mètres cubes, s’élève à près d’un kilomètre, reste en l’air une dizaine de minutes et retombe à deux kilomètres de là. Un procès-verbal est dressé sur place, et les inventeurs écrivent aussitôt à l’Académie des sciences pour faire reconnaître leur découverte.

La nouvelle remonte jusqu’à la cour. Le roi veut voir, mais refuse d’abord de risquer une vie. Un compromis est trouvé : à Versailles, un aérostat décoré de bleu et d’or s’élève avec à bord un mouton baptisé Montauciel, un coq et un canard. L’ascension dure quelques minutes, l’engin se pose dans le bois de Vaucresson, à trois kilomètres environ. Les trois animaux sont retrouvés indemnes. La preuve est faite qu’un être vivant peut supporter la hauteur.

Restait l’étape ultime. Depuis les jardins du château de la Muette, à l’ouest de la capitale, un aérostat de 2 200 mètres cubes, construit dans les ateliers de Réveillon, s’élève avec deux hommes à bord : Jean-François Pilâtre de Rozier, physicien, et François Laurent, marquis d’Arlandes, officier. Le voyage dure environ 25 minutes, atteint près de mille mètres, traverse la Seine et parcourt neuf kilomètres avant de se poser sur la Butte-aux-Cailles. C’est le premier déplacement aérien de l’humanité.

Ni Joseph ni Étienne ne sont à bord : le second l’a promis à son père, le premier est retenu à Lyon par ses affaires. Nous racontons pourquoi dans leur portrait.

Pourquoi dit-on « montgolfière » ?

Le terme vient du nom des deux inventeurs. Attesté dès 1784 dans le Journal de Paris, il s’impose en quelques mois pour désigner tout aérostat à air chaud, et Louis XVI anoblit la famille la même année avec la devise Sic itur ad astra, « c’est ainsi que l’on s’élève vers les étoiles ». L’histoire complète du mot, de « machine aérostatique » à « montgolfiériste », est racontée dans notre portrait des frères Montgolfier.

Air chaud contre charlières

La découverte ne se développe pas dans un vide scientifique. Dès l’été 1783, une technique concurrente émerge dans la capitale. Le 27 août, le physicien Jacques Charles fait s’élever depuis le Champ de Mars un globe gonflé à l’hydrogène, construit avec les frères Robert, qui se pose à Gonesse. Le 1er décembre 1783, dix jours après le marquis d’Arlandes, Charles et Robert partent des Tuileries devant une foule immense pour une traversée de deux heures. Ces appareils prennent le nom de charlières.

Critère

Montgolfière (air chaud)

Charlière (hydrogène)

Force ascensionnelle

Dépend de l’écart de température

Supérieure, contenu quatorze fois plus léger que l’air

Combustible

Paille, laine, facile à trouver

Production longue et coûteuse

Risque principal

Incendie du foyer embarqué

Explosion

Contrôle de la hauteur

Par alimentation du foyer

Par lestage et soupape

Les deux voies coexistent, mais la charlière l’emporte pour près de deux siècles : elle reste en l’air plus longtemps, sans feu à bord.

L’engouement de 1784-1785

Le succès se propage à toute vitesse. Le 19 janvier 1784, à Lyon, Le Flesselles emporte sept passagers, dont Joseph Montgolfier lui-même pour son unique ascension. Le 4 juin 1784, toujours à Lyon, Élisabeth Thible devient la première femme à s’élever dans les airs, à bord de La Gustave. Le 23 juin, le physicien du 21 novembre et le chimiste Proust parcourent 52 kilomètres à bord de La Marie-Antoinette, à plus de 3 000 m de hauteur.

Le 7 janvier 1785, Jean-Pierre Blanchard et John Jeffries traversent la Manche en charlière. Le 15 juin 1785, Pilâtre de Rozier tente la traversée en sens inverse à bord d’un aérostat mixte combinant air chaud et hydrogène. La toile prend feu : il devient la première victime d’un accident aérien.

Du déclin au renouveau : deux siècles d’aérostation

Dès les années qui suivent 1783, l’aérostat trouve trois emplois. Le premier est scientifique : on monte pour mesurer. Joseph Gay-Lussac s’élève en 1804 à près de 7 000 m pour prélever de l’air et relever la température, et le ballon devient l’instrument des premières observations de l’atmosphère, ancêtre de la météorologie moderne.

Le deuxième est militaire. En 1794, à la bataille de Fleurus, le capitaine Coutelle observe les lignes autrichiennes depuis le ballon captif L’Entreprenant : c’est la première utilisation d’un aéronef en opérations. Pendant le siège de 1870, une soixantaine d’aérostats montés quittent la capitale encerclée pour emporter le courrier et des personnalités, dont Gambetta.

Le troisième est le spectacle. André-Jacques Garnerin réalise en 1797 le premier saut en parachute depuis un ballon, et les ascensions publiques, payantes, deviennent une attraction des fêtes et des foires pendant tout le XIXe siècle.

L’importance des Montgolfier dans l’aéronautique tient à une chose : ils ont apporté la preuve. Avant le 21 novembre 1783, voler est un rêve d’Icare ; après, c’est une question de technique. Leur découverte ouvre la lignée des « plus légers que l’air » : charlières, puis dirigeables quand Henri Giffard y ajoute une hélice à vapeur en 1852, jusqu’aux zeppelins du début du XXe siècle. Elle ouvre aussi, en creux, la question suivante : comment se diriger ? C’est en cherchant à y répondre que naîtront les « plus lourds que l’air », et l’avion.

Passée l’effervescence des années 1780, l’air chaud lui-même est délaissé au profit de la charlière, plus endurante. L’aérostat à air chaud reste une curiosité de fête foraine pendant près d’un siècle et demi, faute d’un combustible sûr pour tenir en l’air.

Le renouveau vient des États-Unis à la fin des années 1950, avec deux innovations : le nylon pour la toile et le propane comme carburant, brûlé dans un brûleur embarqué que le pilote peut doser. Cette combinaison légère et maîtrisable relance l’air chaud comme moyen de voler pour le plaisir. La technique arrive en France au début des années 1970 et se répand rapidement.

S’envoler aujourd’hui, sur les traces de 1783

Plus de 240 ans après la Muette, le principe n’a pas changé : l’air chauffé, moins dense que l’air ambiant, soulève la toile. Seuls les matériaux ont évolué. Le coton doublé de papier est devenu du nylon ripstop, le foyer de paille un brûleur à propane, et le pilote, formé et certifié, contrôle chaque mètre de la montée et de la descente.

Ce qui séduit aujourd’hui est ce que les aéronautes de 1783 ont découvert les premiers : l’absence de bruit de moteur, l’absence de turbulences, le vent qui porte et un panorama à 360 degrés. Une envolée se déroule au lever ou au coucher du soleil, quand l’air est le plus calme.

C’est cette expérience que nos pilotes vous proposent de vivre en survolant les châteaux de la Loire, les vignes de Touraine ou les plaines du Poitou. Le silence est le même qu’en 1783. La vue, elle, a deux siècles de plus. Si ce récit vous a donné envie de lever les yeux, découvrez nos envolées en Val de Loire, en Touraine et en Poitou.

FAQ : les questions que vous vous posez

tel

05 32 74 77 47

Notre équipe vous répond du lundi au vendredi

Entre novembre 1782, date des premières expériences de Joseph Montgolfier à Avignon, et le 4 juin 1783, date de la démonstration publique d’Annonay. La première ascension habitée a lieu le 21 novembre 1783. On retient généralement 1783 comme année de naissance.

Jean-François Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes, le 21 novembre 1783, depuis le château de la Muette. Le voyage a duré environ 25 minutes et parcouru neuf kilomètres.

Un mouton, un coq et un canard, le 19 septembre 1783 à Versailles, devant Louis XVI. Le mouton, baptisé Montauciel, a fini ses jours dans la ménagerie royale.

Du nom de famille de ses inventeurs, Joseph et Étienne Montgolfier, par le même procédé qui a donné « poubelle » ou « macadam ». Il s’impose en 1784, par opposition aux charlières de Jacques Charles. L’origine et l’évolution du mot sont détaillées dans notre portrait des frères Montgolfier.

La montgolfière s’élève grâce à de l’air chauffé par un foyer, aujourd’hui un brûleur à propane. La charlière est gonflée avec un contenu plus léger que l’air, hydrogène hier, hélium aujourd’hui. Les appareils de loisir actuels relèvent presque tous de l’air chaud.

Trois usages apparaissent dès la fin du XVIIIe siècle : l’observation scientifique de l’atmosphère, la reconnaissance militaire, avec l’aérostat captif de Fleurus en 1794, et le spectacle public. À plus long terme, la découverte fonde toute la branche des « plus légers que l’air », des dirigeables aux ballons-sondes météorologiques encore lâchés chaque jour dans le monde.

Ils ont réalisé la première ascension contrôlée d’un objet construit par l’homme, puis rendu possible le premier voyage aérien avec passagers, quelques mois plus tard. Leur découverte marque la date de naissance de l’aéronautique : tout ce qui vole aujourd’hui, aérostat, dirigeable ou avion, descend de la question qu’ils ont ouverte en 1783.

Background_circle.

Monter en montgolfière : guide complet

13 août 2026
14 septembre 2026
Cet article explique, étape par étape, comment une montgolfière vole, comment le pilote la conduit, et ce qui rend chaque vol unique.

Comment fonctionne une montgolfière

4 août 2026
11 septembre 2026
Cet article explique, étape par étape, comment une montgolfière vole, comment le pilote la conduit, et ce qui rend chaque vol unique.

Frères Montgolfier : l’invention de la montgolfière

31 juillet 2026
15 septembre 2026
L’aventure des frères Montgolfier, Joseph et Étienne, est celle d’une invention née de l’observation, affinée par l’expérimentation, et portée jusqu’au ciel grâce à une obstination remarquable.